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Je ne pourrai plus jamais manger ma confiture préférée.
Elle était sucrée et acidulée comme un pomelo, elle enrobait la langue comme le jus d’une mandarine mure. Elle avait le goût d’une douce soirée en Toscane, d’une journée ensoleillée au bord d’un lac dans le sud de la France, d’une balade de fin d’été dans les vignobles d’Alsace.
Elle s’accordait avec la chaleur d’un pain au levain, la simplicité d’un yaourt avec des noisettes torréfiées, la douceur lactée d’un fromage frais et la puissance d’un fromage plus affiné. J’ai mangé tout le bocal toute seule, en tâtonnant pour trouver de nouvelles façons d’en ressentir tous les arômes, revenant malgré tout régulièrement aux mêmes accords. J’ai mangé le bocal toute seule, et pourtant cette confiture avait un goût que l’on partage, qui donne envie d’appeler ses amies pour un dîner, un thé, ou tout autre moment qui la mettrait à l’honneur.
Assez peu de pots ont été mis en vente, et je suis malheureusement à peu près certaine que je ne mangerai jamais plus cette même confiture venant du même producteur. Peut-être que je commanderai un jour une autre confiture du même fruit avec l’espoir qu’elle sera aussi complexe et droite que ce premier pot. J’en ai vu – ce n’est pas une confiture qu’on rencontre souvent, mais tout est à portée de main sur internet – sans avoir encore eu le cœur à commander.
En attendant, son goût arrive parfois par surprise dans mon quotidien : dans un café encore chaud ou un verre de vin, dans un cocktail élaboré ou une sauce aigre-douce.
Mais est-ce que vraiment le goût qui me rattrape ou un sentiment fugace qui m’étreint ? C’était l’inattendu dans une période monotone. C’était la nouveauté et la multitude dans la solitude. C’était un aperçu de choix dans l’impuissance. C’était une lumière dans la pénombre. C’était de la chaleur et du réconfort dans un printemps sans joie, et ça titillait mon imagination quand elle en avait le plus besoin. C’était la promesse de jours meilleurs qui rend la solitude supportable en créant, entre quatre murs, une passion simple.

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2 Comments

  1. Anonyme

    Magnifique écriture. Aussi douce, acidulée et complexe que la confiture qu’elle évoque. Félicitations de manière générale pour la qualité d’écriture de ce blog et bonne continuation.

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