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Je ne prétends pas avoir survécu au pire. Ça serait un manque de respect envers tous ceux et celles qui ont traversé des épreuves plus difficiles que les miennes. Mais j’ai vécu des choses difficiles qui m’ont construite, qui font ce que je suis aujourd’hui.
Quelque part, mes épreuves ont été une chance. Elles ont été suffisamment profondes pour m’obliger à me demander ce qui compte et sur qui m’appuyer. Cette semaine, d’une certaine façon, a été essentielle pour me rappeler où était l’essentiel.
Cette semaine, j’ai échangé quelques phrases avec plusieurs personnes sans abri à la faveur d’un excès de gâteaux et de plats à distribuer. Une chose que je savais déjà, quelque part, m’a frappée. C’est que, bien sûr, ils étaient contents de recevoir à manger, mais ils saisissaient surtout l’occasion pour discuter un peu, me demander si j’allais bien, dire quelques mots qui n’avaient rien avoir avec le manque de nourriture. Il s’agissait pour eux de construire un peu de lien avec une inconnue, eux qui — souvent — ne sont pas là parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils ont perdu le matériel, mais parce qu’ils n’ont pas trouvé sur qui s’appuyer, n’ont pas eu d’entourage pour les rattraper dans leur chute.
Cela m’a rappelée que quoi que j’ai traversé, j’ai toujours eu ce qui est à mes yeux le plus important : une famille, des amis. Ils ont su être là pour moi quand je ne savais pas que j’allais mal, ils ont su me soutenir en silence quand j’en avais besoin et par la parole et l’écoute quand c’était important.
Ils ont aussi su relativiser mes obstacles. Aucune vie ne dépend de mes décisions et de mes choix, finalement, tout ce qui change, c’est ma mesure de ma propre valeur, mon enrichissement intérieur et ma capacité à surmonter la prochaine épreuve.
Je crois aussi que ma propre souffrance m’a rendue plus tolérante à celle des autres. Si on a tous une façon différente de gérer cette souffrance, j’ai l’impression que le fait d’avoir été perdue et de m’être sentie seule avant de moi que je ne l’étais pas m’a rendue plus à l’écoute de l’Autre. J’ai connu des égoïsmes qui enferment dans le silence ou dans les vices, j’ai lu l’impuissance face aux faux sourires dans les yeux de mes proches. J’ai connu des nuits entières à pleurer et des périodes où on ne pouvait me laisser seule sans que je ne m’effondre.
J’ai aussi appris à reconnaître la nécessité de m’en sortir. J’ai appris à ne plus utiliser ma douleur comme excuse. La vérité, c’est que notre vécu est ce qu’on en fait. Aujourd’hui, en surface, il m’arrive d’avoir peur, mais au fond de moi, j’ai confiance.
J’ai confiance parce que je sais que je n’avance pas sans filet, je sais l’une des choses les plus précieuses n’est pas de réussir, mais de savoir que l’on a à qui tendre la main en cas de chute. Je sais que je peux me relever et grâce à qui. J’ai appris le deuil et le pardon, le naufrage et le retour à l’équilibre. J’ai appris me connaître et à surmonter mes peurs, seule ou accompagnée, parce qu’il y a beaucoup de choses que je ne possède pas, mais je possède l’incommensurable.

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